En 1886 la famille Lambiotte venue de Belgique crée à Prémery (Niévre) une usine de production de charbon de bois et de produits chimiques dérivés du bois de hêtre, obtenus par distillation, dont certains sont utilisés comme médicaments. A partir de 1924, le laboratoire, comme beaucoup d’autres à la même époque, crée son journal intitulé « Pro Medico ».
La SHP a récupéré ce journal de 1924 à 1935. Le but de ce dernier, indiqué dans le premier numéro, est « de présenter sous une forme claire des études documentées sur les grandes questions médicales à l’ordre du jour », mais aussi de rappeler le lien entre la science d’hier et d’aujourd’hui, et « envisager l’art, l’histoire et la littérature dans leurs relations avec la médecine ». Ce journal est bien sûr agrémenté de publicités sur les produits Lambiotte. Le premier numéro est résolument scientifique. On y évoque les produits phares de Lambiotte : le Phosote et le Taphosote, ainsi que l’industrie chimique des produits pharmaceutiques et l’industrie de la carbonisation des bois. C’est en effet à l’origine de l’entreprise : les usines Lambiotte était basée sur « la distillation du bois et à la préparation des produits chimiques qui en dérivent. »


La plupart des produits Lambiotte était basée sur le créosote (substance extraite des goudrons de bois) et ses dérivés. Cette classe de médicaments est progressivement supplantée par des produits issus de la chimie de synthèse et la division pharmaceutique cesse son activité à la Libération. Le Phosote injectable était du « phosphate de créosote pur » et le Taphosote , présenté sous forme de perles, était un « tanno-phosphate de créosote ».
Lambiotte proposait aussi l’Urométine, « l’Urotropine française ». Lambiotte explique que « c’est au grand thérapeute Huchard que revient le mérite d’avoir mené le bon combat contre les produits pharmaceutiques allemands qui inondaient notre marché…. L’urotropine est la dénomination allemande d’un produit essentiellement français, l’hexaméthylènetétramine. Il importe donc de soutenir le produit de Lambiotte qui l’a présentée sous le nom d’Urométine.


Dès le deuxième numéro de 1924, le journal diversifie ses sujets d’intérêt et présente un premier tableau : la ventouseuse (1695), où l’artiste représente un barbier-chirurgien dans sa boutique.
Il a une seringue passée à la ceinture et contemple la scène tout en aiguisant sa lancette. On voit donc réunis les trois auxiliaires indispensables du médecin au XVIIe siècle : la ventouse, la seringue à clystère et la saignée.
Dans le numéro 3 du journal, c’est le fameux tableau qui représentait la boutique du pharmacien, de Pietro Longhi.
Le numéro 6 de la même année rapporte l’interprétation faite par le professeur Blanchard en 1903. Pour lui, c’est bien l’apothicaire, coiffé d’un bonnet blanc qui donne des soins à une femme souffrant, non pas d’un mal de dent mais de plaques muqueuses à la gorge.
« Ce serait le premier exemple iconographique pouvant sûrement être attribuée aux ulcérations syphilitiques des muqueuses. » De nombreux détails du tableau vont dans ce sens.


Plusieurs articles de Pro Medica sont consacrés à l’histoire médicale et pharmaceutique. Dans le premier numéro, on peut lire un article sur la tuberculose dans l’Antiquité, et dans le second sur le sang humain dans la thérapeutique anti-goutteuse. Parmi les médicaments utilisés contre la goutte, le sang semble avoir attiré l’intérêt. Dioscoride cite le sang de l’oie, du canard et du chevreau comme excellent antidote, par exemple. Le même Dioscoride écrit au IIe siècle : « on tient aussi que le sang menstruel des femmes appliqué en forme de liniment…appliqué sur une goutte ou sur le feu Saint Antoine… en oste la douleur ».
On voit ci contre un dessin de Pierre d’Eboli représentant Mathieu d’Agello qui baigne ses pieds endoloris dans le sang d’un esclave musulman.
Autre thème abordé : l’anesthésie chirurgicale dans l’Antiquité. En Chine, on s’adresait à une préparation de Chanvre indien. Les Grecs et les Romains ont utilisé la Mandragore. Dès Hippocrate, la Mandragore est entrée dans la thérapeutique. On l’employait pour remedier à l’insomnie et pour calmer les douleurs violentes.On en donnait sous forme de décoction de racines dans le vin aux malades qui devaient subir quelque opération douloureuse.


Lambiotte en profite pour faire la promotion d’un de ses produits : le chloroforme, découvert par Soubeyran en 1831 et utilisé chez l’homme pour la première fois en 1847.
On trouve, à plusieurs occasions dans le journal, des images des ateliers de production de Lambiotte.
Parmi les articles de cette année 1924, on peut lire celui sur le « Jardin de Santé ». L’Horius Sanitatis publié en allemand à Augsbourg en 1485, puis en latin à Mayence en 1491 et traduit en français en 1501, sous le titre de Jardin de Santé, est l’oeuvre d’un botaniste allemand qui exerça la médecine à Augsbourg, puis à Francfort vers le milieu du XVe siècle. Cet ouvrage comprend trois livres : le premier traite des plantes, le second des animaux, y compris les oiseaux et les poissons et le troisième des pierres. Il est illustré d’un grand nombre de gravures sur bois dont un exemple ci-contre représente le dauphin « dit frère de l’homme cr il resemble aucunement aux meurs de l’homme ».


Parmi les reproductions de ce journal en 1924, on peut remarquer cette image intitulée « L’administration d’un clystère en pleine rue ». « Cette curieuse sculpture polychromée, conservée au Musée archéologique de Bruges, nous offre un curieux exemple du travail des huchiers du XVe siècle. Est-ce une semelle de poutre, ou, comme on le dit aussi, une enseigne d’apothicaire ? On n’en sait pas exactement l’origine. Quoi qu’il en soit, elle nous prouve que l’invention de la seringue pour donner le clystère est bien antérieure au XVIIe siècle ».
Pour terminer, un autre article est consacré à l’assistance aux pauvres et aux malades dans les campagnes au XVIIIe siècle, par la docteur J. Vinchon. On y trouve une série d’images intitulée « Abé Cédé dédié aux vertus admirables des Soeurs de la Charité pour les soins et le soulagement qu’elles portent aux pauvres orphelins et aux malades » dont voici quelques exemples. L’auteur de l’article indique qu’au XVIIIe siècle, « les paysans souffraient surtout de la misère et de la maladie. Les économistes s’en alarmaient ; le roi, sur l’initiative de Turgot, essayait de les combattre par ses ordonnances.


Mais les particuliers s’inquiétaient aussi de cette situation. les seigneurs qui résidaient dans leur château, les moines demeurés à l’abbaye vivaient en contact avec les paysans malheureux. Ces initiatives restaient isolées, le pouvoir royal se méfiant, depuis la Fronde, des réunions de la noblesse. Pour les compléter et les contrôler, les actes de la charité publique furent confiées aux soins de l’intendant de la généralité, de même que la gestion des épidémies qui devenaient inquiétantes.

Dès 1711, furent créées les boites de remèdes gratuits. Les médecins du roi les préparaient à l’avance et les envoyaient aux intendants des généralités qui les faisaient parvenir aux Sœurs grises, aux curés et autres personnes charitables. Les boites contenaient, en plus de drogues pour l’usage interne, des onguents pour la guérison des plaies, des engelures, des brûlures. Louis XVI en fit établir plus de deux millions.



Nous verrons dans une prochaine exposition les années suivantes de Pro Medica



