illus014

Le poison et les empoisonneurs célèbres

C’est en 1960 que Roland Villeneuve fit paraitre un ouvrage su ce thème aux éditions La Palatine. C’est l’occasion ici de ce pencher sur quelques uns des empoisonneurs célèbres et ils sont nombreux depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours. Chez les Grecs, la gamme des toxiques était très large incluant l’opium, l’arsenic et la cigüe. Et la pratique des empoisonnements fut assez courante aussi chez les Romains. Cette « tradition » va se poursuivre au Moyen-âge et à la renaissance.

En Angleterre, par exemple, le zèle des empoisonneurs obligea Marie Tudor à promulguer, le 23 juin 1557, une ordonnance qui obligeait les apothicaires à interroger les acheteurs de drogues contenant une trace de venin ou de poison, à noter leur nom, la date de leur visite, et à exiger la présentation d’une fiche médicale sérieusement établie. Du début à la fin du « Grand siècle » fut un siècle empoisonné. Louis XIII et Richelieu en furent comme obsédés. Quant à Louis XIV, on se souvient de « l’affaire des poisons » avec le rôle de Madame de Brinvilliers.

Sautons au XIXe siècle où les empoisonnements se démocratisent soudain. Les statistiques du docteur Lacassagne sont là pour le montrer.

Total des crimes d’empoisonnements en France (Lacassagne)
1830-1835…………………………………………………………………………….115
1840-1845………………………………………………………………………….250
1850-1855………………………………………………………………………….294
1860-1865…………………………………………………………………………….191
1870-1875……………………………………………………………………………..99
1880-1885…………………………………………………………………………….49
1890-1895…………………………………………………………………………….54
1895-1900…………………………………………………………………………….34
Le supplice de la marquise de Brinvilliers – Jean-Baptiste Cariven – Musée des Beaux-Arts de Gaillac

Parmi les virtuoses de l’usage de l’arsenic, il y eu Margarethe Gottfried qui entra dans la carrière d’empoisonneuse de la façon la plus normale : en allant porter ses soins aux malades des hôpitaux.

La mort d’un premier mari, peu gênant mais souffreteux, lui permit d’épouser l’amant qui la fit Contesse d’Orlamunde, amant qui ne tarda pas à rejoindre celui dont il avait usurpé la place ; puis le père, la mère, le frère de la comtesse lui succédèrent…. Quinze personnes disparurent de la sorte jusqu’à son arrestation, en 1828.

Une autre affaire fit grand bruit : celle du pharmacien Danval. Installé rue Maubeuge, à Paris, Danval aurait empoisonné sa jeune femme grâce à des doses répétées d’arsenic.

Après de multiples expertises, Danval fut condamné en mai 1878 aux travaux forcés à perpétuité. Après vingt-quatre ans de bagne Danval, qui n’avait cessé de clamer son innocence, obtint une remise de peine mais la Cour de cassation rejeta sa demande de révision du procès.

Il fut cependant réhabilité peu avant sa mort, en 1923.

La nicotine

La nicotine fut également utilisée comme poison, comme dans l’affaire Bocarmé. Original à l’extrême, le comte Hippolyte de Bocarmé, après une jeunesse passée à Java, en Malaisie et en Amérique, avait fini par épouser en juin 1843 une certaine Lydie Fougnies. Ils menaient grand train sans se soucier des dettes contractées car ils estimaient que l’héritage laissé par le frère de la comtesse, Gustave Fougnies, les mettrait à l’abri du besoin. Mais ce frère, malade, avait décidé de se marier ! La veille du mariage Bocarmé obligea son beau frère à avaler le contenu d’un flacon de nicotine. Il mourut presque immédiatement et les coupables furent rapidement arrêtés.

La strychnine eut également un certain succès. Fils d’un riche marchand de bois, le docteur William Palmer vint, en 1846, ouvrir un cabinet dans sa ville natale de Rugeley. Il épousa l’année suivante miss Anna Brookes, fille naturelle d’une certaine Mary Thornton qui avait une belle fortune immobilière. Invité par son gendre, elle décéda peu de temps après. Mais les héritiers légitimes firent placer l’héritage sous séquestre. Après avoir prit une assurance vie sur sa femme auprès de trois compagnies d’Assurances, celle-ci mourut soit disant « du choléra ». Il empocha les treize mille livres d’assurance. Il reitéra le même procédé sur son frère Walter, puis sur un de ses domestiques…. Après toute une série d’autres crimes, il faut finalement condamné à mort et exécuté en 1856.

L’affaire Couty de la Pommerais, médecin également, qui, quant à lui, utilisa la digitaline. Après de solides études classiques, Désiré-Edmond Couty de la Pommerais (né en 1830) s’était installé à Paris, une fois obtenu son diplôme de docteur en médecine. Parmi ses patients, cet homéopathe eut une certaine dame de Pauw, veuve, avec laquelle il eut une liaison.

Puis il rencontra Clotilde Dubizy, une riche héritière, dont la mère mourut trois mois après le mariage. Il repris sa liaison avec la veuve Pauw, qui mourut à son tour six mois plus tard.Mais la famille s’en étonna et porta plainte pour empoisonnement. Un perquisition au domicile de Pomeraie permit la saisie de digitaline, et d’environ neuf cent produits chimiques et pharmaceutiques dont la présence paraissait plutôt suspecte chez un homéopathe. Condamné, il faut exécuté le 9 juin 1864.

Au XXe siècle, comme au XIXe, de nombreux produits seront utilisés pour les empoisonnements : Phosphore, thallium, insecticides et toujours l’arsenic comme dans l’affaire Marie Besnard, bien connue. L’arsenic fut mis en cause dans l’affaire de Madame Galtié, plusieurs fois condamnée pour vol, qui empoisonna à l’acide arsénieux le mari et le frère auxquels elle avait fait souscrire une police d’assurance (1905) A cette affaire se rattache celle du sergent américain Marcus Marymont, condamné en 1958 à la prison à vie pour la suppression de son épouse. il y a également la cas du docteur Duflos qui, en 1951, empoisonna sa femme Olga à l’arséniate de soude. En 1952, Marguerite Decartlini, surnommée pompeusement « la Brinvilliers du Bugey » avait un amant fossoyeur abêti et fut condamnée à vingt ans de travaux forcés pour empoisonnement de ses deux maris et de deux enfants en bas âge. Elle était probablement irresponsable comme Robert Brunel, qui fut arrêté à la fin de la même année… et d’autres suivront tout au long du XXe siècle.

Tags: No tags

Add a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *