
Le pharmacien, comme d’autres professions exposées, a été une cible de choix pour les caricaturistes de toutes les époques. la critique s’adresse le plus souvent non pas à ceux qui sont capables mais aux cupides, aux arrogants et aux cyniques.
Leurs clients qui se distinguent par leur ignorance face au pharmacien étaient et sont parfois tournés aussi en dérision eux aussi. L’art de la caricature culmina à la fin de la Renaissance et à l’ère du Baroque, en Italie avec Carrache (1560-1609) et Gian Lorenzo Bernini (1598-1680) ou aux Pays-Bas avec Cornelis Dusart (1660-1704).
Au XIXe siècle, la France devint le centre de la caricature avec des artistes comme Honoré Daumier (1808-1879) ou Gustave Doré (1832-1883). La technique de la lithographie permit une représentation plus fine et augmenta la popularité de ce genre artistique.
De nombreux journaux firent leur apparition comme Le Charivari en 1832, ou l’Assiette au beurre en 1901.

On attend des médecins et des pharmaciens qu’ils guérissent rapidement et durablement toutes les infirmités physiques possibles et imaginables. Cette espérance des patients ne cesse d’être déçue dans la pratique quotidienne. La caricature prend généralement le parti des défavorisés et des laissés-pour-compte. Parmi les thèmes rencontrés, les prix scandaleux, l’affairisme sordide ou l’escroquerie avec des médicaments visiblement inefficaces est l’un des sujets des caricatures. Des passages de texte de l’Antiquité témoignent déjà de la conviction que les « apothecarii » proposaient leurs drogues, onguents, épices et poisons à des prix usuraires. En 1913, sous le titre les victimes de la science, un pharmacien parle avec une profonde consternation du nouveau médicament contre la syphilis, le Salvarsan, qui a porté un coup fatal à ses ventes de préservatifs !

Par ailleurs, les caricaturistes transposèrent également les évènements politiques, sociaux ou culturels dans le monde du pharmacien. Les apothicaires et les pharmaciens ont aussi été associés à des instruments particuliers. La représentation surdimensionnée d’une seringue fut parfois utilisée comme symbole même de la profession de pharmacien. De même que les médecins ambulants et les arracheurs de dents, les pharmaciens furent souvent traités de charlatans, d’autant qu’ils gardaient jalousement la composition de leurs remèdes. De nombreuses caricatures se moquent de certains médicaments célèbres comme le « baume du Tigre » ou « l’huile de Macassar », un produit capillaire extrêmement gras qu’un homme chauve est en train de se faire appliquer tandis que sa femme, qui a déjà été guérie » est horrifiée en découvrant dans le miroir l’abominable touffe de cheveux qui surmonte son crâne.


L’homéopathie a également fait l’objet de nombreuses caricatures. Une dame qui demande à son pharmacien un cent millième de décigramme de magnésie , reçoit cette courtoise réponse : « Désolé, chère Mademoiselle, mais nous ne vendons pas des quantités aussi considérables ». Un client à l’esprit critique explique à son pharmacien qu’au prix où il vend la dose homéopathique d’une feuille de séné, le gramme devrait coûter 180 millions de francs. Et le pharmacien de riposter : « Oui mais nous donnons l’eau gratuitement, et c’est justement ce qui joue un rôle important dans notre traitement ». Le grand illustrateur Gustave Doré réalisa des dessins similaires : un assistant reçoit l’ordre de dissoudre un cent trillionième de grain de moutarde dans un seau d’eau et d’en verser deux gouttes dans un litre d’eau. « C’est prêt ? » – « Bien sûr. Simplement j’ai oublié la moutarde. Mais tout le reste y est » – ‘C’est très bien ainsi; de toute façon, c’est le reste qui constitue l’essentiel ».

Lorsqu’elle portait sur les actualités politiques, la caricature fut une arme efficace, notamment au XIXe siècle. Les caricaturistes utilisèrent souvent l’image du pharmacien de l’officine et de divers objets usuels de la pharmacie pour illustrer les évènements politiques et les grands personnages de la vie publique. Les illustrateurs utilisaient les médicaments et les boutiques d’apothicaire comme un symbole de l’Etat malade. En 1815 Cadet de Gassicourt, pharmacien en chef de Napoléon, est représenté dans sa pharmacie avec des inscriptions sur les pots faisant allusions aux évènements de l’époque.


De son côté, Honoré Daumier combattit Louis-Désiré Véron, adversaire d’une République démocratique, dans la Charivari. Ce médecin avait fait fortune en commercialisant sans scrupules une préparation tout à fait douteuse contre les affections pulmonaires.
De même, le Président américain Théodore Roosevelt fut représenté en pharmacien en 1908, peu avant la fin de son mandat, dans le journal Evening Times. Sous le titre Il prépare la dernière dose, on voit l’énergique président manier le mortier avec vigueur et piler toutes sortes d’ingrédients peu salutaires, tandis que le Congrès, à qui le remède est destiné et qui est représenté sous les traits d’un vieillard déprimé et décrépit, patiente dans l’antichambre.



La satire et la plaisanterie visait non seulement les pharmaciens , mais aussi les clients de ces derniers.
Leur ignorance et leur naïveté, leurs exigences illimitées à l’égard des possibilités de la pharmacie, sans parler de la prononciation des noms compliqués des médicaments, inspirèrent beaucoup de caricaturistes.
Voici quelques autres exemples de caricatures qui illustrent ce sujet !






