Le professeur Emile Perrot, de la Faculté de Pharmacie de Paris, publia en, 1932 un petit ouvrage à l’occasion de l’inauguration du Laboratoire de Recherches sur les matières premières d’origine végétale. Ce document de 89 pages est illustré de nombreux dessins et gravures. Il donne un aperçu non seulement des drogues végétales mais aussi de l’histoire de la pharmacie et de celle de la Faculté de pharmacie de Paris. Nous allons en voir ici quelques extraits.

Perrot explique tout d’abord, à propos des « primitifs » que les peuplades de chaque race du globe ont leurs médicaments et leurs poisons, dont la connaissance et l’emploi se transmettent de génération en génération et sont l’apanages des initiés. Leur administration s’accompagne d’ordinaire de pratiques de sorcellerie. Les poisons sont utilisés pour la chasse, l’attaque et la défense ou dans un but criminel.
Poisons de flèches : Curares des Amazones ; Ipohs d’Extrême-Orient, Eseré, Ouabaio, Inée des Africains, etc.
Poisons d’épreuve pour les ordalies ou jugements de Dieu (NB : épreuves pour conclure à la culpabilité ou l’innocence d’un suspect), cérémonies funèbres, intoxications criminelles : Aconits, Téli, N’Kassa, Tanguin, etc.
Après les « primitifs », Perrot s’intéresse aux Chinois et à l’empereur Chin-Nong qui, plus de 3000 ans avant J.C, connaissait déjà au moins une centaine de plantes utiles à la santé ; « avec l’empereur Houng-Ty (2637 av. J.-C.), on les considère comme les Pères de la Médecine et de l’Histoire naturelle. Font aussi partie des « Anciens », selon Perrot, les Hindous, avec les Védas, les documents les plus anciens, dont l’Ayour-Veda de Sousrosta qui mentionne, parmi les médicaments, un grand nombre de végétaux. « Les Brahmanes d’abord, puis les prêtres de Boudha furent les médecins et les préparateurs de drogues qu’ils introduisirent au Thibet (sic) ; leur administration s’accompagnait d’incantations et de mystères religieux ».

Enfin, Perrot évoque les égyptiens, le papyrus Ebers (quinze siècles avant notre ère) qui mentionne lui même des recueils dont l’un daterait de la XIIe dynastie, soit 2250 ans avant J.-C.
Parmi les espèces médicinales, il cite la Jusquiame, le Ricin et son huile, l’Aloès, la Scille, la Gentiane, etc. « Les Prêtres prétendaient avoir acquis leur science de la déesse Isis. La Scille était déjà prescrite contre l’hydropisie, la Népenthès fameux, chanté plus tard par Homère, était l’Opium ou peut-être le Chanvre indien ; son usage en Grèce venait d’Égypte.

Le chapitre suivant concerne concerne les Chaldéens, les Perses, les Mèdes. Perrot note que « dans le Zend-Avesta, de Zoroastre (3000 à 3500 ans av. J.-C.) une partie intitulée Vendïdâd traite quelque peu de la médecine qui utilisait les remèdes les plus bizarres. L’art de guérir repose surtout sur les incantations religieuses et la pratique des exorcismes destinés à détourner l’esprit malin cause de toutes les maladies. Le Recueil des lois babyloniennes dit « D’Hammourabi » date de 3500 années av. J.-C. et renferme divers préceptes médicaux.
Les médicaments sont nombreux et notamment les sucs végétaux, l’Opium, l’Asa-foetida, l’Opopanax, le Galbanum, le Sagapénum… Avec la conquête de Babylone par les Hébreux, sous Nabuchodonosor (586 av. J.-C.), ceux-ci apportèrent aux Chaldéens, Assyriens, etc., les connaissances acquises en Égypte.

Après les Hébreux, on passe à la Grèce et le père de la médecine, Aesculape et le père de la pharmacie, Chiron. Perrot cite Hippocrate, Théophraste, Discoride, puis s’intéresse à l’École d’Alexandrie. « Presque tous les souverains de l’époque de la domination grecque, Artémise, Cléopâtre, Nicomède, etc. cultivèrent les sciences médicales, mais surtout en vue de connaître les poisons et les contrepoisons.
Attale cultivait les plantes vénéneuses (Aconit, Jusquiame, Belladone, etc.) dans son jardin de Pergame qui, comme Antioche, cherchait à rivaliser avec Alexandrie. Mithridate (80 ans av. J.-C.) fut le plus célèbre parmi tous et ses recettes furent apportées à Rome, comme un trophée, par Pompée victorieux ». Les Romains sont ensuite évoqués et particulièrement Galien (131-210) qui va préciser l’art de la préparation des médicaments et devient le « Père de la Pharmacie galénique ». Après la Gaule et les premiers siècles, Perrot passe au moyen-âge et à l’apport des arabes.

Il explique que l’oeuvre de Mahomet (571-632) cause une véritable révolution dans la pensée humaine. Le Calife Almanzor fonde l’Académie de Bagdad. Geber fonde la chimoe puis Rhazès apporte sa part avec la découverte des sulfures métalliques. « Jean Mésué (830) qu’on appelle parfois « l’Évangéliste des Pharmaciens », élève de l’École Nestorienne, écrit son Manuel De re medica qui fut en vogue pendant tout le Moyen âge. »
Perrot cite de nombreux médecins arabes (Avicennes, Avenzoar, Averrhoès…). « Fait caractéristique, les médecins arabes abandonnent les purgatifs violents, en usage avant eux et leur substituent des purgatifs doux, des laxatifs même : Rhubarbe, Séné, Tamarin, etc. Ils séparent la médecine de la pharmacie, introduisent avec les drogues exotiques les épices, les aromates ; ils distillent les essences, etc. »
Ecole de Salerne
Créer par Charlemagne, l’École de Salerne acquiert une situation florissante, surtout quand Constantin, dit l’Africain, y transporte les livres et les recettes médicales arabes. Dès le début, c’est sans doute à l’influence des Bénédictins du Mont Cassin, qui avaient conservé les traditions de l’École gréco-romaine qu’est due la rapide renommée des médecins salernitains qui trouvaient, dans l’hôpital fondé au VIIe siècle par les religieux, un véritable matériel d’études. C’est là que fut écrit le plus ancien « Antidotarium », le premier formulaire du XIe siècle, qui a été perdu, pour être repris aux XIIe et XIIIe siècles sous le nom d’Antidotario di Nicolo salernitano ; il a subi une nouvelle rédaction d’un médecin français sous le titre d’Antidotarium Nicolaï Praepositi. Ce formulaire de Salerne contient une série de médicaments empruntés aux écrivains arabes.
L’apogée de la « Schola salernitano » est caractérisé par l’influence arabe, à partir du XIe sècle, avec Constantin l’Africain, qui se fit Bénédictin du Mont Cassin où il mourut en 1087. La Flos medicinae fut étudiée par coeur et avec respect par des milliers de médecins, car elle eut plus de 300 éditions ; l’influence de cette organisation systémique des études médicales de la clinique fut le point de départ de la véritable science médicale ; la pharmacologie y était en honneur et des herbiers très riches avaient été constitués ; 115 espèces médicinales sont cités dans ce texte.


Après avoir rappelé le début des apothicaires en France au XIIe et XIVe siècles, Perrot évoque les évolutions de la Renaissance à la Révolution. « Du Xe au XVIIIe siècle, l’Alchimie rayonne sur tous les pays. C’est l’unique science ; elle remplace tous les systèmes et règne dans tous les laboratoires d’apothicaires et de médecins ». Mais Perrot ajoute « Pendant la Renaissance, jusqu’au XVIIIe siècle, à côté des excentricités des chercheurs de pierre philosophale, ou de l’élixir universel, l’étude des sciences naturelles reprend progressivement et, grâce à l’imprimerie, apparaissent successivement toute une série d’ouvrages que consultent avec fruit, de nos jours, tous ceux qu’intéresse la Matière médicale des ancêtres.
Pour terminer cette première partie, Perrot évoque l’influence naturelle du XVIe siècle et celle des découvertes des grands navigateurs, qu’il illustre par cette gravure du Traités nouveaux et curieux du café, du thé et du chocolat, de Sylvestre Dufour. « Les grands voyages de Christophe Colomb à qui l’on doit la découverte des Antilles, en 1492, de Vasco de Gama et de leurs émules fournissent aux commentateurs l’occasion de signaler des drogues nouvelles dont le nombre va s’augmenter rapidement.
La Cacao et le Chocolat font leur apparition, puis le Thé de Chine et bientôt le Café vont prendre dans l’alimentation de luxe la place que l’on sait… Les Jardins botaniques se fondent de toutes parts en Europe et les plantes utiles y sont au premier rang: Venise (1533), Pise (1539), Bologne (1508), Leyde (1577), Paris (Jardin de Nicolas Houel), 1580; Jardin des Plantes (1626), Montpellier (1595).


Dans une autre partie, Perrot s’intéresse à l’enseignement de la Pharmacie, avec Nicolas Houel, le Collège de Pharmacie, puis la Révolution et la Société libre des pharmaciens de Paris avec la création de l’École de Pharmacie.
Il poursuit avec « les temps modernes, de Germinal an XI à nos jours ». Il s’intéresse plus spécialement aux professeurs de matière médicale de Demachy à Perrot et Goris.

