Pro Medico, la revue du laboratoire Lambiotte Frères (2) en 1925

Après l’année 1924, on examine aujourd’hui le Journal Pro Medico du laboratoire Lambiotte pour l’année 1925. Comme nous l’avons vu dans le premier volet de cette série, Lambiotte s’était spécialisé dans les produits issus de la distillation du goudron bois, en particulier la créosote (qui existe toujours dans une pommade dermique aujourd’hui).

De très nombreux sujets sont abordés dans Pro Medica en 1925 comme l’insuline fraîchement isolée mais aussi les maladies vénériennes dans les œuvres de Shakespeare. Un article concerne les signes du zodiaque et la saignée. Bernard de Gordon qui, à la fin du XIIIe siècle, professe à l’Ecole de Montpellier, recommande à ses élèves de consulter toujours l’adéquation des planètes pour le traitement des maladies. Aussi, n’est-il pas, à cette époque, un traité médical qui ne renferme la figure où sont représentés les douze régions du corps et les douze signes du zodiaque qui les gouvernent.

Comme on peut le voir sur ce dessin ci-dessus, le Bélier gouverne la tête ; le Taureau, le cou ; les Gémeaux, les épaules, les bras et les jambes ; la Cancer, la poitrine ; le Lion, l’estomac ; la Vierge, le ventre ; la Balance, le petit ventre et les fesses ; le Scorpion, les parties génitales et le fondement ; le Sagittaire, les cuisses ; le Capricorne, les genoux ; le Verseau, les jambes ; les Poissons, les pieds. Le Bélier, la Balance et le Sagittaire, quand la lune y est, sont bons pour saigner; le Taureau, les Gémeaux, le Lion, la Capricorne sont mauvais. les autres sont indifférents.

Autre sujet abordé en 1926 : les guérisseurs d’autrefois et d’aujourd’hui, par le docteur Vinchon. Ce dernier s’intéresse plus spécialement au magnétisme qui battait son plein sous Louis-Philippe mais va baisser en popularité sous le second Empire. Parmi les personnages connus à cette époque figure le zouave Jacob, musicien de première classe aux Zouaves de la Garde qui donnait des consultations à Paris avec une foule nombreuse de patients. Pour l’auteur, le zouave est le prototype des guérisseurs modernes. Comme eux il connut les procès retentissants et fructueux qui procurent à peu de frais la publicité des jours d’audience et des comptes-rendus dans les journaux.

En 1884, Charles-Felix Durand publie une étude sur les Guérisseurs où il passe en revue les différents types de cette époque : les rebouteurs ou rhabilleurs qui guérissent les entorses, les luxations et aussi le « décrochement de l’estomac »; les sorciers qui gardent le secret des charmes contre les ulcères ou l’épilepsie et vendent des amulettes ; les magnétiseurs réduits à la médiocrité des des officines de somnambules ; les prêtres et les religieuses guérisseurs ; les marchands de vin qui vendent les remèdes contre les maux d’aventure ; les thérapeutes mystiques qui s’attaquent aux maladies d’origine surnaturelle, et enfin la foule des infiniment « petits docteurs », le dentiste, l’oculiste, le pédicure, la garde-malade, le parfumeur et le coiffeur.

Le docteur Vinchon conclut que les guérisseurs d’autrefois et d’aujourd’hui présentent un certain nombre de traits communs : tout d’abord, ils prétendent tous s’adresser à des « malades abandonnés des médecins ». A l’exception d’un petit nombre, la plupart néglige la formalité du diagnostic. Tous bornent le pronostic à l’affirmation d’une guérison certaine. Avec eux, les maladies incurables n’existent pas. S’ils prescrivent un remède ou un onguent, ce sera toujours le même malgré la diversité des maladies…

Un autre article aborde l’histoire de la Manne des Hébreux qui recevaient, chaque matin « quelque chose de grenu, de menu, comme la gelée blanche sur la terre ». Cette Manne avait le goût d’un gâteau de miel. Toute l’antiquité a cru à l’origine céleste de la Manne. L’existence d’un lichen (Leoanora Esculenta), très répandu en Perse, nous explique peut-être ce miracle de la Manne.

Un autre petit paragraphe est consacré à Voltaire et l’Élixir de longue vie que lui avait envoyé Mme de Pommerreul, Voltaire se plaignant très régulièrement depuis l’âge de trente ans jusqu’à sa mort de sa triste santé. En remerciement, Voltaire lui répond: « Grand mercy, Madame, de votre recette de longue vie, je ne doute que vous en avez pour rendre la vie très agréable, mais j’ai peur que vous ne soyez très avare de cette recette là. Le cardinal de Fleury prenait tous les matins d’un beaume qui ressemblait fort à votre élixir, il avait beaucoup usé dans son temps d’une autre recette que vous ne donnez pas, je crois que c’est ce qui l’a fait vivre quatre-vingt-dix ans assez joieusement, ce bonheur n’appartient qu’à des gens d’église. Dieu ne bénit pas ainsi les pauvres profanes… »

Victor Tourneur, quant à lui, publie un article assez long sur les cachets d’oculistes gallo-romains. D’après lui, c’est exclusivement en Gaule et en Bretagne que les oculistes possédèrent des cachets. on ignore pour quelle raison il n’en fut pas de même dans tout l’Empire romain. Ces cachets servaient à marquer les collyres fabriqués par leurs possesseurs.

Mais collyre, dans l’Antiquité, n’avait pas le sens qui s’attache aujourd’hui à ce mot : chez Hippocrate et Galien, il s’appliquait à toute préparation propre à être introduite dans les ouvertures naturelles du corps

Jean Avalon, dans le numéro 5 de 1925, écrit un article sur « Trois plantes mystérieuses de l’Antiquité : le Népenthès, le Moly, le Silphium » Sur le mot népenthès, employé par Homère pour désigner ce « médicament propre à calmer la douleur et la colère », de savants commentateurs ont écrit des volumes ; sous ce vocable, ils ont découvert toutes sortes de plantes et toutes sortes de suc, qui n’ont peut-être jamais existé que dans leur imagination. Quant au Moly, la plante que Mercure apporte à Ulysse pour le mettre à l’abri des enchantements de Circé, certains y voit la colchique, ou la pivoine, le nénuphar ou encore l’ellébore noir.

Et le silphium est par contre une plante dont l’existence est certaine mais les débats sont tout aussi nombreux pour l’identifier de façon formelle, bien que ce soit sans doute à ranger dans les ombellifères.

Pour terminer cette brève revue de Pro Medica en 1925, Alberico Benedicenti, de Gênes, s’est intéressé aux controverses d’autrefois : l’eau chaude et l’eau froide en thérapeutique.

Ce débat sur la façon de boire l’eau existait déjà dans l’Antiquité et va augmenter encore à la fin du XVIe siècle.

César Scaliger dit que les habitants de Valdocci souffrent du goitre parce qu’ils boivent de l’eau froide venant des glaciers. D’autres, comme Paschetti, en 1602, affirme que l’eau chaude exalte la chaleur naturelle, éveille les esprits, combat les obstructions. A la même époque, d’autres auteurs proscrivent l’eau chaude….

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Bruno Bonnemain
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Date
31 juillet 2026
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