Les Amis du Vieux Thoissey et de son Canton ont publié, il y a 30 ans, une brochure intéressante sur l’histoire de l’apothicairerie de la ville. C’est Etienne Pollo, marchand drapier, qui fonde en 1701 l’Hôpital de la Charité avec l’accord du duc du Maine, Louis-Auguste de Bourbon, fils légitimé de Louis XIV et prince de Dombes. Il consacre une partie de sa fortune et les vingt dernières années de sa vie à édifier une vaste salle à l’usage des « pauvres malades ».


Sainte Marthe avec la Tarasque – le monstre – à ses pieds et un vase d’eau bénite1
A partir de 1710, les Sœurs hospitalières de sainte Marthe prennent la direction de l’établissement appelé dorénavant hôtel-Dieu. Une deuxième salle des malades apparaît au XIXe siècle. Construite entre 1731 et 1734, l’apothicairerie est décorée de boiseries en noyer (constuite par Jean Noblet, de Villefranche), mettant en lumière le bleu cobalt des faïences nivernaises, qui ornent les buffets de style Renaissance. Elle fut restaurée en 1997.
Un autre portrait représente saint Charles Borromé né en 1538. C’était un saint très populaire mais l’ouvrage ne précise pas pourquoi il fut décidé de mettre son portrait dans l’apothicairerie. Il était connu pour avoir eu une attitude héroïque pendant la peste de Milan en 1576, prodiguant ses soins aux pestiférés et vendit jusqu’à son lit pour en soulager les misères. Il faut canonisé en 1610.


Une autre peinture remarquable est celle du plafond en Trompe l’oeil. Deux angelot sont représentés dont l’un porte un pot à onguent couvert et l’autre trois serpents (symbole du caducée ou de la thériaque). C’est un oeuvre de Jean Lugnot de 1734. On constate que dans cette apothicairerie tenue par des religieuses, il n’y a aucun signe ou symbole religieux.
Un autre personnage enrubané, probablement un maure, se tient appuyé sur la balustrade. Cet homme symbolise peut-être les pays d’Orient d’où venait l’opium, un composant essentiel de la thériaque. De sa main droite, ce maure semble montrer une hirondelle représentée sur le tableau ou plus probablement la direction de l’Orient lointain.
Enfin, on peut voir le portrait représentant une religieuse avec le perroquet Vert-Vert (texte littéraire du XVIIIe siècle) peint vers 1770 et signé Kauffmann. Il existe plusieurs représentations du même genre. Vert-Vert raconte l’histoire humoristique d’un perroquet recueilli dans un couvent de Nevers. Élevé par les sœurs visitandines, Vert-Vert, « perroquet dévot » parle effectivement un langage chrétien. Demandé par les religieuses nantaises de la congrégation, il est confié à un batelier de la Loire.

Naturellement, il apprend sur le bateau le vocabulaire des matelots et des femmes légères. Arrivé à destination, le perroquet jure comme un marinier. Les religieuses nantaises, épouvantées, le renvoient à Nevers, où les sœurs, après l’avoir jugé, le mettent en pénitence au cachot, le condamnant au jeûne, à la solitude et au silence. Enfin revenu à de meilleures manières, le volatile pécheur est alors pardonné, puis si généreusement récompensé qu’il meurt d’une indigestion de dragées, « bourré de sucre et brûlé de liqueur ».2


On peut voir dans cette apothicairerie de nombreuses faïences pharmaceutiques. En 1705, une commande peu importante portait sur quelques dizaines de pots dont un pot à thériaque, qui a disparu depuis, utilisés dès le début de la vie de l’hôpital. Il n’en reste aucun exemplaire.
En 1735,« la Soeur Michet paie la faïence pour son apothicairerie : cent quarante livres » : commande importante qui correspond exactement à la mise en service de la nouvelle apothicairerie : les serrures ont été posées en mars 1735.
Cette somme de cent quarante livres, compte tenu des différents prix cités dans le livre des dépenses de l’hôpital, laisse penser qu’elle a dû permettre d’acquérir de cent à cent vingt pots en faïence de formes diverses. Ce chiffre correspond au nombre de loggias prévues dans les boiseries. Il reste aujourd’hui soixante-deux pots.
On peut, grâce aux inscriptions sur les pots, reconstituer les principaux médicaments utilisés dans l’apothicairerie. Ont trouve de l’eau de fleurs de tilleul qui sert à préparer les potions pour un effet sudorifique, diurétique, apéritif et anti-rhumatismal. Il y a également l’Eau de Chicorée qui induit une augmentation de l’appétit mais qui a aussi une action diurétique et légèrement laxative. L’eau de Mélisse est bien sûr présente de même que l’Eau de Plantain dont l’hydrolat était utilisé comme astringent, en collyre, contre les enflures, les contusions, les brûlures, les piqûres d’abeille ou de guêpes. L’eau des trois noix était préparée à partir des châtons mâles, des noix cueillies peu avant leur maturité et de noix mûres.


Il existait beaucoup d’autres hydrolés mais également des huiles : huile de millepertuis obtenue par macération dans l’huile d’olive des fleurs de « hyperieum perforatum » ; huile de lis utilisée pour les maux d’oreille, contre les plaies, abcès et furoncles; Essence de Lavande.. Et de nombreux sirops : sirop de fleurs de tussilage, de scorsonère, de nénuphar, de roses rouges, de pavot blanc, de guimauve, etc.
On trouve également de nombreuses conserves : conserve d’aunée, de souci, de fleurs de tussilage, de capillaire, d’aloès et plusieurs électuaire : Electuaire de Senné, de psyllium. L’Opiat de Salomon (variante de la Thériaque) et l’Opiat Orviétan font partie de la liste des médicaments utilisés.
Ce dernier apparait en 1642, inventé par Cristoforo Contuzi d’Oriveto, sera très en vogue aux XVIIe et XVIIIe siècles.
Il était utilisé contre la variole, comme antidote contre les poisons, comme agent prophylactique contre la peste, comme tonique… et bien d’autres dont la thériaque, le Mithridate, la Confection d’alkermès…



Il existe également des documents intéressants comme cette carte à jouer du XVIIIe siècle avec, au dos, une commande de médicaments.
La plupart des faïences sont attribuées à Nevers. dans le seconde moitié du seizième siècle, , sous le règne du Duc Louis de Gonzague (1539-1595), Nevers connait une exceptionnelle période de prospérité et de développement intellectuel, artistique et économique. Le duc va favoriser l’établissement des premiers faïenciers. En 1588, le peintre décorateur italien Julio Gambin, venu de Lyon, s’associe avec un autre italien, le potier-faïencier Augustin Conrade. La famille Conrade obtient, en 1603, un privilège de trente ans pour la fabrication de faïence de Nevers et y aura, jusqu’en 1673, des ateliers d’où sortira la la production de la période la plus brillante dans l’histoire de la céramique nivernaise.

Si vous souhaitez en savoir plus, vous pouvez visiter cette apothicairerie remarquable ! Un grand merci au président des Amis du Vieux Thoissey pour les illustrations et l’autorisation de les utiliser pour cette exposition.
1-L’ouvrage de 1995 sur l’apothicairerie de Thoissey raconte l’histoire de sainte Marthe : « Jacques de Voragine, dans sa légende dorée, raconte les faits et attribue à sainte Marthe, patronne de Tarascon, l’honneur d’avoir dompté le monstre en lui jetant de l’eau bénite »… Ce monstre attaquait les voyageurs qui passaient sur le fleuve et submergeait les embarcations…Marthe, émue des prières du peuple, entra dans le bois où elle trouva le monstre qui était à manger, elle jeta sur lui de l’eau bénite et lui présenta une crois. Alors le monstre devenu doux comme un agneau, se laissa attacher ; car Marthe lui passa sa ceinture au cou et le peuple vint le tuer à coups de lances et de pierres. Ce dragon s’appelait la Tarasque, et, en mémoire de cet évènement, cet endroit a été appelé Tarascon »
2-https://artifexinopere.com/blog/interpr/iconographie/le-symbolisme-du-perroquet/



