Eloge de Parmentier par Cadet de Gassicourt.
(Collection du PGI François Queguiner, photo O. Lafont)
Exposition Parmentier
(Toutes photos O. Lafont)
L’année 2013 a été l’occasion de nombreuses manifestations en mémoire de Parmentier. Parmi ces manifestations, la Société d’histoire de la pharmacie a réalisé, avec plusieurs partenaires, trois expositions sur Parmentier et son oeuvre:
– Aux Invalides, à l’occasion du Congrès International d’histoire de la Paris de Paris en Septembre 2013
– A la Faculté de Pharmacie de Paris-Descartes à l’occasion des Journées du Patrimoine
– Au Musée du Val de Grâce.
C’est à partir des documents présentés à ces expositions que nous avons réalisé cette exposition virtuelle.
Registre pour la Compagnie des Marchands apothicaires-épiciers servant aux immatricules, examens et chefs d’oeuvres des aspirants à la maîtrise de l’apothicairerie de Paris, 1750-1775. (Prêt de la BIU Santé, Pharmacie, Registre 23, ouvert à la page du samedi 28 mai 1774.)
Ce document manuscrit relate les examens de maîtrise d’apothicaire organisés par la communauté parisienne de 1750 à la Révolution. La formation des apothicaires repose, à l’époque, sur un apprentissage chez un maître d’une durée de six années, suivi d’un service d’au moins quatre années chez un maître apothicaire, qui peut être celui chez qui a été effectué l’apprentissage, ou un autre, qu’il soit parisien ou installé dans une ville différente à condition qu’elle soit jurée. C’est à dire qu’il s’agisse d’une cité qui possède une communauté organisée. Le maître est supposé enseigner à son apprenti les connaissances théoriques et pratiques nécessaires à l’exercice professionnel. À l’issue de cette période d’acquisition des connaissances, le candidat peut se présenter à l’examen de maîtrise. Celui-ci comporte trois parties principales, l’acte de lecture, l’acte des herbes et la chef d’oeuvre. L’acte de lecture consiste en la lecture commentée d’ouvrages traitant de médicaments, rédigés en latin, ainsi que d’ordonnances, dans la même langue, en répondant aux questions du jury. L’acte des herbes est constitué par la reconnaissance de plantes fraîches ou de drogues, avec des interrogations sur leurs propriétés. La dernière épreuve est essentiellement pratique, c’est la préparation de plusieurs médicaments, en principe cinq, d’après les statuts de 1638, qui peuvent être galéniques, ou chimiques. Le cas de Parmentier est particulier, car après avoir participé à la guerre de sept ans, comme apothicaire major, il a effectué un service de six années comme apothicaire gagnant-maîtrise aux Invalides, ce qui lui aurait, en principe, permis d’obtenir la maîtrise, sans passer l’examen, par une sorte d’équivalence. Le registre renferme, à la date du samedi 28 mai 1774, une trace de l’épreuve effectivement subie par Parmentier : « M.jacques francois de Machi notre Confrere est venu en qualité de conducteur nous présenter M. jean antoine augustin Parmentier Apoticaire major de lhotel royal des invalides et cy devant apoticaire gagnant maitrise au dit hôtel, ainsi qu’il appert par le Certificat en bonne forme de six années d’exercice dans ledit hôtel, signé par M. le montegnard ministre de la guerre, Et nous avons en Consequence immatriculé ledit Sieur Parmentier, lequel nous a remis a l’instant par forme de prescrit la somme de Cent livres pour Contribuer aux depenses annuelles de notre jardin et laboratoire ; Et nous avons donné au dit aspirant pour tablette à faire Celle de Cannelle qu’il fera en présence de tous les maistres et de la faculté de médecine a ce duement appelles samedi prochain quatre juin, et ont signé avec nous Parmentier Demachy (avec paraphe) » On peut remarquer que Parmentier bénéficie d’un régime de faveur, dû à sa qualité d’ancien gagnant-maîtrise, puisqu’il ne doit confectionner qu’un seul médicament galénique, les tablettes de cannelle, au lieu des six compositions galéniques et des six préparations chimiques qu’a dû préparer son ami Nicolas Déyeux, en 1772.

La pomme de terre avant Parmentier.
BAUHIN, Gaspard, Φυτοπιναξ , seu enumeratio plantorum, Lib V, Sectio I, XIX, p.301, Sebastien Henricpetri, Basel, 1596. (BIU Santé, Paris)
La pomme de terre fut observée par les Espagnols dès 1536, mais ne fit son apparition dans les récits de voyage qu’en 1552, avec l’Historia General de las Indias de Francisco Lopez de Gomara, le chapelain d’Herman Cortès. Il fallut toutefois attendre 1596, pour trouver une véritable description botanique de la plante due à un savant bâlois, Gaspard Bauhin, qui utilisa déjà la dénomination scientifique de Solanum tuberosum qu’elle porte toujours. Le terme grec qui sert de titre à l’ouvrage, Φυτοπιναξ, (phutopinax), signifie liste ou énumération de plantes, comme le précise la traduction latine qui lui fait suite.

Rarorium Plantarum Historia
Bibliothèque du Val de Grâce
(Photo O. Lafont)
CLUSIUS [Charles de L’Écluse], Rariorum plantarum Historia, Lib. IIII, lxxix, CAP. LII, ex officina Plantiniana, apud Ioannem Moretum, Anvers, 1601. (BIU Santé, Paris)

ouvrage ouvert à la page concernant la pomme de terre,
BIU Santé pôle Pharmacie.
Chimie alimentaire
Antoine-Augustin PARMENTIER Traité sur la culture et les usages des pommes de terre, patate et du topinambour. Barrois, Paris, 1789. (Collection du musée du Val-de-Grâce)
Antoine-Augustin PARMENTIER, L’Examen Chymique de la Pomme de Terre, Dans lequel on traite des parties constituantes du Bled, Paris, Didot, 1773. (Prêt de la BIU Santé, Pharmacie)
La pomme de terre Solanum tuberosum est une plante herbacée, inconnue en Europe avant la découverte de l’Amérique. Les premières cultures européennes furent développées à Séville, vers 1560, à partir de tubercules rapportés par des moines missionnaires. En France, les préventions à l’égard de cette nouvelle plante furent fort nombreuses. En dépit de multiples tentatives individuelles isolées, l’introduction de la pomme de terre dans l’alimentation humaine n’était pas vraiment acceptée lorsque l’Académie de Besançon mit au concours, en 1771, la question suivante : « Indiquer les végétaux qui pourroient suppléer en temps de disette à ceux qu’on emploie communément à la nourriture des hommes ». Parmentier qui, prisonnier en Allemagne durant la guerre de Sept ans, avait été nourri exclusivement de pommes de terre, avait alors constaté leur innocuité et leurs qualités alimentaires. Il releva donc le défi et son mémoire remporta le prix. Son mémoire fut imprimé en 1773. La même année Parmentier publia son Examen chymique des pommes de terre qui reçut un accueil très favorable des milieux scientifiques et constitua la première étape de sa croisade en faveur de la pomme de terre.
Antoine-Augustin PARMENTIER, Manière de faire le pain de pommes de terre sans mélange de farines, Imprimerie Royale, Paris, 1779. (Collection de la Société d’Histoire de la Pharmacie).
Même s’il reconnaissait, en 1777, dans son Avis aux bonnes Ménagères, que : « les pommes de terre » étaient « une sorte de pain que la Providence présente tout formé », Parmentier estimait qu’il était indispensable, pour faire accepter aux Français ce nouvel aliment, qu’il fût présenté sous forme de pain.

« Parmentier offrant des fleurs de pomme de terre à Louis XVI »
(Collection PG Pascal Burnat, Photo O. Lafont)
Antoine-Augustin PARMENTIER, Le Maïs ou Blé de Turquie apprécié sous tous ses rapports, Imprimerie Impériale, Paris, 1812. (Collection de la SHP).
Parmentier se montrait convaincu que la technique analytique utilisée par ses prédécesseurs pour étudier les aliments, « la distillation par la cornue », était beaucoup trop violente et que ceux-ci, en élevant la température de façon excessive, « décomposoient précisément ce qu’ils avoient intention d‘extraire ». Il s’efforça donc d’appliquer à l’analyse des principales substances alimentaires issues du règne végétal, des procédés respectueux de leurs constituants, afin de tenter de les identifier, sans les détruire. Le blé, le chocolat , les champignons, ou les châtaignes firent ainsi l’objet de ses études de chimie alimentaire.


Chimie alimentaire : Parmentier et le pain.
PARMENTIER, Mémoire sur les avantages que la province de Languedoc peut retirer de ses grains, Considérés sous leurs différens rapports avec l’Agriculture, le Commerce, la Meunerie & la Boulangerie, avec Le Mémoire sur la nouvelle Manière de construire les moulins à farine, pour conduire cet Art & celui de la Meunerie à leur perfection, & qui a été couronné par l’Académie Royale des Sciences, dans sa séance de Novembre 1785. Par M. DRANSY, Ingénieur du Roi, avec Figures, gravées d’après ses dessins., imprimerie des États du Languedoc, Paris, 1786. (Collection Martial FRAYSSE)
Cet ouvrage collectif, in quarto, réuni par Parmentier, regroupe son Mémoire sur les avantages que la province du Languedoc peut retirer de ses grains et le Mémoire sur la nouvelle manière de construire les moulins à farine de Dransy. C’est ce dernier qui comporte une dizaine de figures gravées très techniques. L’intérêt principal de cet ouvrage est de montrer que les études scientifiques menées par Parmentier ont toujours pour but ultime de déboucher sur des applications économiques).
Antoine-Augustin PARMENTIER, Le Parfait Boulanger, ou Traité Complet Sur la Fabrication & le Commerce du Pain, Imprimerie Royale, Paris, 1779. (Collection de la Société d’Histoire de la Pharmacie).

Gravure extraite du « Mémoire sur les avantages que la province de Languedoc peut retirer de ses grains,
Considérés sous leurs différens rapports avec l’Agriculture, le Commerce, la Meunerie & la Boulangerie » (Collection O. Lafont)
Abbé ROZIER, Cours complet d’Agriculture, 12 volumes, (Collection Martial Fraysse).
Traité sur l’art de fabriquer les sirops et les conserves de raisin (Collection SHP)
Aperçu des résultats obtenus de la fabrication du sirop et des conserves de raisin (Bibliothèque du Val de Grâce)

Précis sur le lait (Collection SHP)
Antoine-Augustin PARMENTIER, Traité sur l’Art de fabriquer les sirops et les conserves de raisins, destinés à suppléer le sucre des colonies dans les principaux usages de l’Économie domestique, Imprimerie Impériale, Méquignon aîné, Paris, 1810. (Collection de la S.H.P.)
Le sucre était une précieuse denrée qui provenait des plantations de canne d’Amérique. Le blocus décrété par le gouvernement français, le 22 novembre 1806, à Berlin, dans le but de nuire au commerce de l’Angleterre, avait provoqué des effets collatéraux néfastes. La riposte britannique ne s’était pas fait attendre et s’était traduite par le blocage des ports français par la flotte britannique et la reconquête des colonies françaises d’Amérique par les troupes anglaises. La France, dans ces circonstances, se trouvait privée de tout moyen d’approvisionnement en ce produit colonial qui s’avérait aussi indispensable à la pharmacie, en raison de son emploi pour la confection sirops, qu’il pouvait se montrer précieux pour la cuisine, et singulièrement pour la pâtisserie. La pénurie de sucre se fit sentir dès 1808.
Parmentier, comme les autres scientifiques, chercha un moyen de pallier ce manque, qui était fort mal ressenti par les populations. Lui, qui avait déjà beaucoup travaillé sur la culture de la vigne et la production de vin, se tourna tout naturellement vers le fruit sucré le plus couramment cultivé en France, le raisin, dont il estimait qu’il pouvait constituer une matière première susceptible de remplacer la canne à sucre. Il y voyait, en outre, un moyen d’exploiter la production excédentaire des nombreuses vignes nationales, en cette époque où le débouché traditionnel, constitué par l’exportation de vin vers les îles britanniques, faisait défaut, en raison de la situation calamiteuse du commerce maritime, provoquée par le blocus continental. C’était le sirop de raisin qui avait ses préférences.
Parmentier publia d’abord, dès juillet 1808, la première édition d’une Instruction sur les moyens de suppléer le sucre dans les principaux usages qu’on en fait pour la médecine et l’économie domestique, qui ne comportait que 96 pages. Il y développa notamment les thèmes qu’il avait déjà abordés dans son mémoire aux Annales de Chimie de 1805, sur les produits du raisin non fermenté. La deuxième édition parut rapidement l’année suivante, en 1809, tandis que la troisième fut publiée en 1810, sous le titre, plus ambitieux, de Traité sur l’art de fabriquer les sirops et les conserves de raisin destinés à suppléer le sucre des colonies dans les principaux usages de l’économie domestique, avec, cette fois, pas moins de 388 pages. La progression est impressionnante et témoigne de l’énergie déployée par Parmentier pour la promotion du sirop de raisin.
Antoine-Augustin PARMENTIER Aperçu des résultats obtenus de la fabrication des sirops et conserves de raisins dans le cours des années 1810-1811. 1812. (Collection du musée du Val-de-Grâce).
Cet ouvrage a été publié un an avant la mort de son auteur qui était très attaché à promouvoir le sirop de raisin. Le blocus continental des Anglais avait rendu le sucre qui provenait antérieurement des colonies d’Amérique excessivement cher. Parmentier dirigea ses recherches vers la vigne et le sucre que le jus de raisin renferme. Le sirop de raisin outre son intérêt alimentaire pouvait être largement utilisé dans la fabrication des sirops thérapeutiques très utilisés à cette époque.
Déclaration du Roi, Portant Règlement pour les professions de la Pharmacie & de l’Épicerie à Paris. Donnée à Versailles le 15 Avril 1777. Registrée au Parlement le 13 Mai 1777.
Quatre pages au format in quarto. (Collection privée).
L’organisation des métiers en communautés, héritée des siècles précédents, était considérée par les physiocrates et les libéraux comme un frein au développement de l’économie. Le ministre Turgot qui appartenait à ce mouvement de pensée, supprima « les maîtrises et jurandes » en 1776, mais il fut contraint de conserver l’organisation des apothicaires en l’état, pour des raisons de sécurité et de santé publique, les médicaments n’étant pas des produits comme les autres. Une réorganisation était néanmoins annoncée et elle vit le jour avec la déclaration royale d’avril 1777 qui séparait les deux branches de l’ancienne communauté des épiciers et des apothicaires, supprimait les maîtres apothicaires, remplacés par des maîtres en pharmacie, confirmait le monopole de la fabrication de la vente et du débit des médicaments et créait un Collège de Pharmacie, ainsi que des enseignements publics. C’est en application de ce texte qu’Antoine Augustin Parmentier fut nommé démonstrateur de botanique et d’histoire naturelle des médicaments. Lorsque, sous le Consulat, la loi du 21 Germinal An XI (11 avril 1803) « contenant organisation des Écoles de pharmacie et sur la police de la pharmacie » fut promulguée, elle s’inspirait de ce texte d’Ancien Régime.
Antoine-Augustin PARMENTIER, Code pharmaceutique à l’usage des hospices civils, de secours à domicile et des prisons. Méquignon l’aîné, Paris, 1803. (Collection PGI François Queguiner)
Antoine-Augustin PARMENTIER, Code pharmaceutique à l’usage des hospices civils, des secours à domicile, et des infirmeries des maisons d’arrêt, Méquignon l’aîné, Paris, 1807. (Collection de la SHP).
Antoine-Augustin PARMENTIER, Code pharmaceutique à l’usage des hospices civils, de secours à domicile et des infirmeries des maisons d’arrêt. Méquignon l’aîné, Paris, 1811 (Collection du PG Pascal Burnat)
Il fait suite aux éditions précédentes mais possède 565 pages. Une première partie est consacrée à la matière médicale avec le règne végétal, animal puis minéral. La seconde aux médicaments officinaux dont les préparations pharmaceutiques, la troisième des médicaments magistraux. Dans l’une et l’autre partie, chaque genre est précédée d’une courte introduction, où sont exposés les règles les plus générales qu’on doit suivre, et un précis des connaissances les plus essentielles à l’exercice de la pharmacie ».

Journal de la Société des Pharmaciens de Paris, 1797-1799. (Collection SHP)
Bulletin de Pharmacie, (Collection Martial FRAYSSE)

Parmentier membre du Service de Santé.
Antoine-Augustin PARMENTIER Formulaire pharmaceutique à l’usage des hôpitaux militaires » présenté par les inspecteurs généraux dont Parmentier de 1804 (Collection du musée du Val-de-Grâce)
Instruction sur les moyens d’entretenir la salubrité et de purifier l’air des salles dans les hôpitaux militaires de la République. Par la Commission de Santé, 5 ventôse an II, 23 février 1794. (Collection du Val de Grâce).
Ce travail concerne l’hygiène hospitalière et promeut une bonne ventilation des salles de malades, ainsi que l’utilisation de l’acide du vinaigre de (acide acétique) ou, suivant la suggestion de Guyton de Morveau, celle de l’acide muriatique gazeux (chlorure d’hydrogène).
Autographes.
Lettre de Parmentier à Bruloy. (Collection Bruno Bonnemain)
Lettre manuscrite de Nicolas-Louis François de Neufchâteau à Parmentier. (Collection Bruno Bonnemain)
Note administrative signée de Parmentier. (Collection Bruno Bonnemain)

Ensemble de 3 lettres émanant du Conseil de Santé, adressées à Brongniart et portant notamment la signature de Parmentier. (Collection Bruno Bonnemain)
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